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La culture du taekwon-do ITF

La pratique martiale peut être appréhendée à titre d'une expérience méditative où, de manière holistique, le corps et l'esprit se rencontre. Tout en tenant compte de cette perspective ontologique, ce que nous entendons par la culture du taekwon-do est relatif au cadre méthodique du cycle d'entraînement de cet art martial coréen (Composition of Taekwon-Do1). Celui-ci peut être appréhendé sous trois perspectives : la première étant constituée d'une approche d'entraînement soliste; la deuxième, d'une approche d'entraînement dualiste; et la troisième étant relative à l'Étiquette et aux rites issus de la culture morale de cet art martial coréen.

En ce qui a trait à la partie de l'entraînement soliste, celle-ci est formée de l'étape de l'acquisition des mouvements fondamentaux et des formes (Tuls). Les mouvements représentent le registre des techniques d'attaque et de défense qui vise à atteindre une cible particulière afin d'empêcher une oppressive pouvant survenir d'un adversaire imaginaire. Lorsque les mouvements fondamentaux sont maîtrisés, ceux-ci sont intégrés dans les formes. Quant à elles, les formes sont des chorégraphies de combat effectuées en séquences logiques et prédéterminées où l'exécutant affronte systématiquement plusieurs adversaires imaginaires. Ce type d'exercice permet d'étudier en série plusieurs mouvements fondamentaux afin d'en perfectionner leur usage et développer des notions stratégiques, en fonction du combat réel. Afin de traduire l'utilité globale des formes, le général Choi Hong Hi, fondateur du taekwon-do, dépeint l'utilité de ces dernières dans le sens suivant : « In short, a pattern can be compared with a unit tactic or a word, if fundamental movement is an individual soldier's training or alphabet.2  » Cette partie soliste de l'entraînement, quoi que l'on puisse en observer par leurs artefacts, n'est pas limité à l'apprentissage stratégique des techniques de combat. Les mouvements fondamentaux et les formes jouent un rôle indispensable relatif au développement de la condition physique de ses pratiquants. Plus précisément, ces deux types exercices constituent une manière, tant pour le corps que l'esprit, d'apprivoiser la technique au sens kinesthésique, en plus de développer la flexibilité, le tonus musculaire et le contrôle respiratoire de son exécutant. Par ailleurs, puisqu'il s'agit d'un travail solitaire, le cadre de ce cette pratique a également pour effet de le confronter à ses forces et ses limites.

Lorsque les tactiques de combats enseignées par l'entremise des formes ont été bien assimilées, l'adepte concrétise son apprentissage technique dans un processus d'entraînement dualiste. En effet, cette concrétisation s'expérimente à partir d'un système de combat progressif. Celui-ci s'échelonne d'un principe de combat prédéterminé jusqu'à la situation du combat réel. En plus de développer des stratégies de défense logiques lors d'échanges avec partenaire, ce type d'exercice semi statique que représente les combats prédéterminés (Sambo, Ibo, Ilbo Matsogi) permet aux adeptes de concrétiser l'application des mouvements fondamentaux, de développer leur notion de distance, leur synchronisme face à une action tangible. Ces notions fondamentales et essentielles en condition de combat sont, par la suite, mises à l'épreuve lors de situations improvisées, en combat libre (Matsogi) .

Bien que ce parcours soit essentiel pour l'acquisition des techniques du taekwon-do, celui-ci ne pourrait être complet sans que le pratiquant s'adonne parallèlement à des exercices lui permettant de développer sa condition physique optimale et de renforcer ses armes naturelles d'attaque et de défense.

Pour terminer cette démarche méthodique, l'adepte vérifie ses acquis vis-à-vis des attaques spontanées en situation d'autodéfense (Hosin Sool) . Bien qu'à ce stade d'entraînement est constitué de règles de fonctionnement bien précis, l'adepte demeure confronté à une réalité conceptuelle : celle de l'entrelacement d'actions communes de deux individus, à l'égard du combat, dans un temps bien déterminé. Ce mouvement phénoménologique où se tisse l'action de deux sujets évoque, tant corporellement que spirituellement, la manière dont ces derniers transigent dans une forme de rapport de force. Ce qui permet aux pratiquants, dans ce type de situation, d'en comprendre d'avantage sur leur manière de négocier avec autrui. Ainsi, le cycle d'entraînement complété, l'adepte voit à retourner à la pratique des mouvements fondamentaux pour maintenir ses acquis et perfectionner de nouvelles techniques.

Au-delà du cycle d'entraînement, le taekwon-do, à titre d'art martial, a pour but fondamental et universel de construire un monde meilleurs et pacifique3. Ainsi, tel le général Choi Hong Hi définissait son art, le taekwon-do est l'utilisation scientifique du corps à l'aide d'une méthode d'autodéfense. Par un entraînement intensif, l'individu parvient à développer les qualités du corps et de l'esprit. Littéralement, « tae » illustre l'utilisation des techniques de combat spécifique aux pieds; « kwon », celle relative aux mains; et « do » se réfère à l'art, la voie construite et pavée par les saints et les sages des temps passés. En fait, derrière le « do » se trouve tout le sens de l'étiquette protocolaire et de la conduite morale de l'adepte à travers son entraînement.

Dominique Andlauer4 spécifie que les rites martiaux découlant de l'Étiquette, exige une certaine préparation mentale et aide l'adepte à maintenir un état d'esprit approprié pour la pratique, durant les leçons. Au-delà des rites, qui se présentent sous la manière dont les pratiquants se saluent et s'adressent l'un à l'autre, la compréhension de l'Étiquette qui les accompagnent, poussent l'individu à s'occuper de lui-même, car cette dernière communique à l'individu le sens de prendre le temps de faire ce qui doit être fait à chaque instant. Cet état de disponibilité physique et mentale qu'acquiert le pratiquant, ne peut être que bénéfique lors des échanges entre les partenaires.

Selon Braunstein, les rites qui caractérisent les arts martiaux, ainsi que la culture dont ils sont issus, sont d'ordre institutionnel dont l'une des fonctions est de décourager durablement la tentation du passage à la transgression de ces derniers. Ces rites ont également pour but, par la répétition constante et immuable de certains mouvements, de faire saisir leur finalité. Braunstein définit les rites martiaux de la façon suivante : « Les rites sont donc l'expression d'une collectivité. Ils prennent un sens psychologique, par la répétition exacte des actions, un sens sémiologique, prenant quasiment la fonction d'un langage, et un sens sociologique qui tend à se définir par son objet. Dans le cas des arts martiaux, nous pouvons supposer que la principale fonction est non seulement d'endiguer toutes les pulsions, mais de légitimer une certaine forme de savoir.5  » Ainsi, les rites représentent aux yeux des pratiquants un code symbolique connu de tous. C'est un moyen de communication qui affirme d'une certaine manière, qu'ils appartiennent à la même famille.

Ainsi, la conduite morale repose non seulement sur la compréhension d'un système de règles explicites, régissant le comportement des adeptes durant l'entraînement, mais également sur l'étude de certaines vertus et passages historiques permettant à l'adepte de se forger son propre jugement à l'égard de son comportement en société. Alors, la complémentarité de tous les aspects du cycle d'entraînement liés à la culture morale du taekwon-do définit bien ce que le général Choi Hong Hi entendait par « l'entraînement unifié du corps et de l'esprit. »

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1. CHOI, Hong Hi. 1983. Taekwon-Do encyclopaedia volume 1 . Mississauga , Canada . Intern ational Taekwon-Do Federation. p.236.

2. CHOI, Hong Hi. 1983. Taekwon-Do encyclopaedia volume 1 . Mississauga, Canada. International Taekwon-Do Federation. p.154.

3. En effet, à cet égard le Général Choi Hong Hi réalisa ce rêve ultime, en présentant et d'enseignant son art sans égard à la religion, à la race, aux frontières politiques et idéologiques, en menant une série de démonstration de taekwon-do en 1988, à Moscou, en U.R.S.S. Il souhaitait, en accomplissant cet exploit, que les instructeurs de son style puissent dévouer une partie de leur temps à l'implantation du taekwon-do dans les écoles et à l'enseignement de son art, et que ces derniers se sentent concernés également par l'influence positive qu'ils pourraient projetée à tous les adeptes de taekwon-do.

4. ANDLAUER, Dominique.1996. Vertu et la richesse de l'Étiquette dans les arts martiaux traditionnels japonais. Paris. Éditions Amphora S.A. pp.34-35.

5. BRAUNSTEIN, Florence. 1999. Penser les arts martiaux . Paris, France. Presses universitaires de France.p.210.

 

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